L'Art du jeu

L'Art du jeu

Chad Harbach

Le Livre de Poche

  • par (Libraire)
    13 juillet 2019

    Les romans de campus américain, j'adore ça. Laura Kasischke m'avait embarqué avec "Les Revenants", Tom Wolfe avait fait de même avec son génial "Moi, Charlotte Simmons". J'étais paré. Mais quand j'ai vu ce roman titré "L'Art du jeu" d'un certain Chad Harbach traitant de base-ball universitaire sur sept cents pages, je me suis dit : "Euh, là faut peut-être pas pousser quand même. le base-ball, en plus, j'y connais rien. Bon, OK, leurs fringues sont classe. Mais quand même, ça va être chaud."

    Grosse erreur... Parce que si vous avez le malheur d'attaquer, disons, juste le premier chapitre : ça y est, vous êtes mordu. Des premiers romans comme celui-ci sont extrêmement rares. L'auteur a mis dix ans à l'écrire. A le peaufiner. A le perfectionner. Et il y est arrivé. Car le résultat est tel qu'un néophyte va prendre autant de plaisir à le lire que quelqu'un qui connaît ce sport sur le bout des doigts.

    Le génie de ce roman tient en ses personnages. Tous tournent autour d'Henry Skrimshander, un gamin de dix-sept ans tout maigrichon, qui ne paie pas de mine mais qui possède un don inné pour ce sport. Ce gamin, c'est Mike Schwartz, le capitaine de l'équipe de base-ball, qui va le repérer, le faire venir au Westish College et l'entraîner comme un forcené pendant trois ans pour le faire parvenir au plus haut niveau et devenir la star de l'équipe que les recruteurs professionnels viennent voir jouer. Henry n'a jamais fait une seule faute en un seul match. Depuis des années.. Et puis un jour, il va rater un lancer facile. Et la machine va commencer à se dérégler.
    Les personnages sont tellement attachants que, lorsqu'on referme le livre, on se dit qu'ils vont sacrément nous manquer. Et que nous aussi, on rêverait d'aller voir jouer Henry Skrimshander, en traversant à grandes enjambées les pelouses surplombées d'arbres centenaires du Westish College.

    Frédéric L.


  • 11 décembre 2017

    C'est lors d'un match de la ligue amateur, au fin fond du Dakota du Sud, que Mike Schwartz, capitaine de l'équipe de base-ball de Westish, repère un gringalet qui manie la batte comme personne. Il sait immédiatement qu'il est en présence d'un joueur d'exception, un ''arrêt-court'' capable peut-être de sauver son équipe du désastre. C'est ainsi qu'Henry Skrimshander intègre Westish, une université modeste mais chic du Wisconsin et devient, à force d'entraînements intensifs sous la poigne de fer de Schwartzy, la star de l'équipe, le joueur invaincu au lancer, le seul susceptible de battre le record de matchs sans fautes du grand Aparicio Rodriguez, celui-là même qui a écrit ''L'art du jeu'', son livre de chevet. Remobilisés autour de leur champion, les joueurs de Westish se sentent pousser des ailes jusqu'au jour où Skrim rate un lancer...Sa balle dévie et vient percuter frontalement Owen Dunne, son compagnon de chambre. Et c'est le début pour tous d'une remise en question. Skrim perd confiance, Owen est hospitalisé. Guert Affenlight, le très respecté président de l'université, reste au chevet d'un Owen blessé mais toujours aussi attirant, se mettant même en retard pour accueillir sa fille Pella qui rentre au bercail après une escapade de quatre années avec un architecte plus âgé qu'elle. Owen se rétablit, Guert s'attache, Pella se cherche, Schwarty cache ses failles et Henry tombe au fond du trou de la dépression, des doutes, de la peur. Et pendant ce temps-là, le base-ball continue à cristalliser les projets, les rêves, les souffrances, les ambitions, la gloire et la défaite...

    Un vrai, bon, grand, roman américain comme on les aime ! Dans la veine de John Irving mais avec sa personnalité propre. Un roman de campus où l'on suit une petite communauté réunie autour d'un sport, le base-ball, symbole de l'Amérique par excellence. Et si ce sport reste hermétique avec ses règles compliquées, il fait vibrer les foules de l'autre côté de l'Atlantique. Grâce à Chad Harbach, on ne comprendra pas mieux ce qu'est un home run, une balle roulante ou filante, un point concédé et autres subtilités, mais on pourra saisir les enjeux d'une équipe qui se soude autour d'un joueur, les espoirs que porte le leader, pour lui-même, pour l'équipe et pour l'université. La course vers la gloire, la ligue nationale, les gros contrats et les gros chèques qui vont avec est semée d'embûches. Harbach nous plonge au cœur des faiblesses humaines cachées derrière les muscles des athlètes. De la peur de gagner, la perte de confiance à l'impossibilité de jouer, des blessures physiques aux médicaments qui masquent les défaillances, le base-ball est un sport exigeant qui malmène ses joueurs. Mais au-delà du sport, c'est tout simplement la vie que décrit Harbach, l'amitié, la gratitude, mais aussi la fidélité et la trahison, la soif de réussir, l'ambition, et le naufrage si l'on défaille. Autour de Schwartz et Skrim, le meneur et son poulain, gravitent le charismatique Owen, ''homosexuel et mulâtre'', Pella qui essaie de trouver sa voie, loin d'un mari qui l'étouffait, près d'un père qui cherche désespérément à recréer un lien, tout en se rapprochant d'Owen, après une longue vie d'hétérosexuel séduisant et collectionneur de conquêtes féminines. Guert découvre l'amour dans les bras d'un étudiant, de quoi cogiter, de quoi commettre des erreurs...
    Un roman dans lequel on se plonge dès les premières pages. On vit avec ces personnages chahutés par le sort, on rit, on pleure avec eux, on frémit au bord du terrain de base-ball, bref, on devient un étudiant de l'université de Westish, Wisconsin, Etats-Unis. Un régal !